Un rapide historique est nécessaire pour comprendre cet étrange phénomène et éclairer l'ampleur qu'ont prises aujourd'hui les grandes tendances émergées il y a quelques années.




PROSELYTISME



- avant Hier -



Jadis, les (encore très rares) boites de référencement françaises prêchaient sans cesse la bonne parole : le référencement, soit le client ne connaissait pas, soit il en avait vaguement entendu parler mais n'y croyait pas. La priorité de ces sociétés était "d'éduquer" leur interlocuteur afin de le rassurer. Aller chez un médecin n'apprend rien en médecine...mais prendre contact avec une société de référencement était la garantie d'en sortir bardé d'informations qui vous permettaient de comprendre les différentes problématiques, voire de vous passez d'eux si vous décidiez de creuser le terrain vous même. Entre prendre le risque de voir des petits malins exploiter eux mêmes leurs conseils judicieux et la démonstration de leur leur crédibilité comme de leur sérieux, ces référenceurs avaient fait leur choix. De cette difficulté, faire comprendre à une start up que la promotion passe aussi par les outils de recherche du Net et pas seulement par des campagnes d'affichages dans le metro ou des spots publicitaires à la TV, vient l'habitude de la profession de propager de l'information, même si cette information est justement la longueur d'avance qui leur permet de rester efficace. Situation inédite.



- Hier -



Illustrant une règle memetico-economique "plus une idée circule et fait parler d'elle plus elle gagne en Valeur Ajoutée", cette manie de diffuser de l'information a finalement bénéficié à la profession. Le sujet passionne, le webmaster après avoir fait son site souhaite légitiment qu'il soit vu, le nombre de connectés devient suffisamment important pour qu'une vraie économie BtoC commence à fonctionner...et les référenceurs ont, dès la première heure, toujours été à l'écoute de leur public.




CONCURRENCE



- Avant Hier -



A la grande époque du far west (et il y avait bien un sentiment de ruée vers l'or), il y a si peu de sociétés de référencement et tant de starts up que les référenceurs, entre concurrents, restent relativement civilisés. Il faut avant tout convaincre le client qu'on est le plus efficace, c'est à dire celui qui va bel et bien positionner le site du client sur les mots clés choisis. Les arguments du dessous de la ceinture vont plus dans le sens "ils ont du mal a positionner" plutôt que "ils positionnent trop bien et vont se faire blacklister". De toute façon, la grande difficulté du moment est d'optimiser le site sans rien toucher : hors de question de modifier quoique ce soit alors que des equipes entières ont buché dessus, avec en résultat en général un site inindexable ! Puisqu'il ne faut pas que ça se voit, alors les techniques se font invisibles. De fait l'approche des moteurs de recherche du moment est tellement orientée plain text que les pages qui fonctionnent sont super moches, ça tombe bien ;) Très rares sont les sociétés qui font alors l'économie des pages satellites, et donc très rares sont les critiques envers cette technique.



- Hier -



Les différents médiums (listes, forums) qui parlent de référencements sont hyper actifs et deviennent l'occasion de briller, par sa propre maîtrise du sujet, auprès de clients potentiels. De fil en aiguille des webmasters "perso" glanent de l'info dont ils peuvent se servir. Au fur et à mesure les techniques d'optimisations ne sont plus l'apanage des sociétés qui ont les moyens de payer des prestataires de référencement. Pour le bon grain et pour l'ivraie, la plupart des thématiques de recherche de monsieur tout le monde comme du professionnel sont touchés par des techniques d'optimisations. Le net est une grande machine égalitaire :)




AUJOURD'HUI



Mettre en doute l'efficacité du référencement ne viendrait aujourd'hui à l'esprit de personne se servant régulièrement des moteurs de recherche, et surtout du moteur de recherche qui compte : le grand G. Une peur en remplaçant une autre, ce qui fait peur aujourd'hui est le blacklistage. Le blacklistage, tout le monde en parle depuis le début, car il s'agit d'une appréhension légitime du client. Après tout, tricher implique une punition pour le tricheur s'il est pris. Il faudra cependant attendre 2003 pour voir les 1ers cas de blacklistages effectifs, car les abus sont devenus intenables. De part l'ampleur des techniques d'optimisations basées sur les BDD, que ce soit le fait de professionnels officiels, d'amateurs affiliés ou encore de référenceurs qui ne travaillent plus que pour leur compte, un nouveau terme apparaît : le spamdexing. Et il y a matière à s'exaspérer ! Certains référenceurs n'hésitent pas à scier la branche sur laquelle ils sont assis en décrédibilisant complètement des moteurs de recherche qui restent pourtant leur fond de commerce. Les internautes lambdas comme les plus avertis se voient noyés par des résultats naturels qui renvoient vers des liens sponsorisés. La jungle devient poubelle.




Parallèlement la concurrence dans le métier s'est accrue de façon exponentielle : non seulement la moindre webagency voire annuaire prétend faire du référencement, mais le petit neveu de la voisine aussi. Il est vrai que les discours des leaders d'opinion de la profession ont atteint une remarquable homogénéité qui peut donner l'illusion, à force de lire la même chose, d'avoir fait le tour du sujet. La webagency, quant à elle, ne peut plus vendre un site sans promettre à son client qu'il sera vu et se voit contrainte de parler de référencement en jouant sur les mots : elle parlera de positionnement sans préciser qu'il s'agit de positionnement payant au lieu de positionnement naturel. Tout le monde fait du référencement, mais peu sont référenceurs.



Le référenceur vit, par définition, de ses prestations. Il est astreint à une garantie de résultats comme de moyens. Quand une bonne technique de référencement est trop largement rependue, elle devient de moins en moins bonne jusqu'à devenir inefficace. L'ambiguïté historique qui caractérise la profession entre le partage d'informations et la restriction d'informations va prendre alors une tournure inattendue, qui (peut être logiquement pour les pessimistes) va s'orienter résolument vers le pire : le "c'est pas bieeen".




Positionner un site dans les moteurs de recherche n'est peut etre pas un art, mais c'est tout de même le résultat d'une veille assidue, de beaucoup de réflexions personnelles, d'imagination et de connaissances techniques. Ce mixte est rare chez un seul individu et ceux-ci restent minoritaires face à la pléthore de personnes prétendant avoir une opinion éclairée sur le sujet.



Le "pas bieeen" prend ses sources dans ce nouveau contexte concurrentiel : ceux qui ne savent pas faire critiquent des techniques qu'ils ne comprennent pas, ça ne mange pas de pain et puis ça défoule. Ceux qui savent peuvent se parer du "pas bieeen" pour pratiquer ces techniques pour leur pomme sans à avoir à se plier à la "coutume" de la profession sur l'échange d'informations.




C'est néanmoins un jeu dangeureux : outre qu'à force de répéter la même chose on peut finir par y croire soit même, les effets pervers de ces discours sont réels :



- Trancher ce qui est "bieenn" et "pas bieeen" en mettant d'un coté ce qui est visible par l'internaute et de l'autre ce qui lui est invisible, c'est oublier que la problématique no 1 est de ne jamais sacrifier l'ergonomie d'un site au profit des outils de recherche.



- Dire sans cesse "il va se faire blacklister car c'est un méchant" à propos d'un site avec quelques pages sats, c'est non seulement dire n'importe quoi mais aussi se tromper de cible : aujourd'hui, les plus gros spammeurs font des pages moches mais sans contenu caché, réalisant des sites sans valeur ajoutée pour l'internaute aux profits de liens renumérés. Ces moulinettes qui se positionnent allégrement sur la famille, le cul, le voyage, la bouffe, la vie des insectes et j'en passe font donc partie ... de la catégorie "bieeen", un comble !



- Même si les référenceurs qui positionnent depuis des années des sites savent que leurs approches sont pérennes (sinon ils ne seraient plus là ;), leurs clients à force d'entendre des propos alarmistes vont commencer à se méfier, douloureux retour au début de la profession ! Pourtant la disparition éventuelle de ces référenceurs n'est pas une bonne nouvelle pour le petit monde du référencement : il s'agit certainement de sa population la plus passionnée par les outils de recherche et de sa composante la plus novatrice.



Je vous invite à hurler "c'est bieeen" ou "c'est pas bieeen" à la lecture des phrases suivantes. Vous (comme votre entourage) aurez alors une idée de votre niveau de contamination :




  • le cloaking est une façon sûre de protéger son code source

  • qu'importe les moyens si la fin est une position en 1ere page des résultats sur mon mot clé principal

  • je dénonce le site au dessus de moi car il l'est grâce à des pages sats

  • je récupère les pages sats positionnées avant moi pour les étudier et les améliorer

  • le W3C aide au positionnement

  • quand je ne comprends pas je vais demander sur un forum



DarkJ